« Pendant un moment, on n’entend plus que tictac nerveux du bracelet-montre du petit employé. Un long moment.
« Schluckebier, je vais devoir appeler la police. »
Mais le petit Schluckebier est déjà à bout. Être à bout, mais qu’est-ce que ça veut dire, être à bout ? Ça veut dire prendre n’importe quoi, une chaise – il y a pas une hache dans le coin ? – et frapper un grand coup. En plein dans ce monde, pour que tout ça disparaisse, pour que tout vole en éclats. C’est facile quand on a le monde entier pour ennemi. On peut cogner les yeux fermés, on touchera son ennemi à tous les coups. Il s’imagine ça tellement bien – frapper et frapper encore, sans raison, sans même regarder, cogner, gueuler, avoir envie de vivre.
Ça n’a pas de sens de rester planté là, c’est sûr. Mais le petit Schluckebier ne bouge pas. Il vient juste de sortir de taule et la même merde est sur le point de recommencer. »
Georg K. Glaser (1910-1995), nomade communiste des années de braise, apatride définitif, libertaire inclassable et artisan dinandier de talent, vécut en exil à Paris de 1935 à sa mort. Il est notamment l’auteur du roman Schluckebier (1932, traduit en français en 2014) et de Secret et violence (1951).



